Discours et cognition (DISCO)

Responsables : Gilles Col (FoReLL, pôle linguistique) et Stéphane Bikialo (FoReLL, pôle littérature)

Chercheurs et enseignants-chercheurs impliqués : Stéphane Bikialo (Forell B, Poitiers), Michel Charolles (LaTTiCe, Paris), Gilles Col, (Forell A, Poitiers), Charlotte Danino (doctorante Forell A, Poitiers), Pierre-Don Giancarli (Forell A, Poitiers), Manuel Gimenes (CerCA, Poitiers), Dominique Knutsen (doctorante, CeRCA, Poitiers), Anne Lacheret (MoDyCo, Paris Ouest Nanterre), Frédéric Lambert (ERSàB, Bordeaux), Dominique Legallois (CRISCO, Caen), François Nemo (LLL, Orléans), Thierry Poibeau (LaTTiCe, Paris), Catherine Rannoux (Forell B, Poitiers), Julien Rault (doctorant Forell B, Poitiers)

Mots-clés : construction dynamique du sens, compréhension du langage, prosodie, instruction cognitive, textes/linguistique textuelle, grammaire, linguistique cognitive, stylistique, psychologie cognitive, analyse des discours, énonciation

Problématique : le projet « Discours et Cognition » (DisCo) est consacré à la description de la construction du sens d’un énoncé pris dans son contexte au fur et à mesure de son déroulement et de sa perception. Il aborde la question de l’émergence du sens dans une perspective compositionnelle gestaltiste en s’intéressant simultanément

1) à la description d’unités grammaticales et discursives du français et de l’anglais dans des corpus oraux et écrits (et avec des outils d’analyse écrits développés au laboratoire LaTTiCe comme les logiciels ANALOR pour les corpus oraux, et ANALEC pour les corpus écrits)

2) aux processus cognitifs à l’œuvre dans cette construction, notamment l’Intégration Conceptuelle et la perception.

3) aux processus énonciatifs, textuels, discursifs et stylistiques à l’œuvre dans la construction du sens d’un énoncé (écrit et oral, littéraire et ordinaire) au niveau de la production et de la réception (instructions/contraintes syntaxiques, génériques…) conçus comme reposant sur une hétérogénéité constitutive et guidés par des imaginaires linguistiques et discursifs.

Objectifs généraux :

1) L’objectif de la description d’unités grammaticales et discursives est l’établissement d’un répertoire d’instructions sémantiques. Ce répertoire proposerait une présentation de l’action effectuées dans la construction du sens par des unités de haute fréquence en français et en anglais. Il permettrait ainsi de décrire comment s’effectue l’assemblage des unités linguistiques d’un énoncé lors de sa perception chez le co-énonciateur. Ce type de répertoire devrait pouvoir également apporter une solution au débat entre polysémie et monosémie, en proposant une monosémie dynamique qui place un principe interactif de convocation-évocation au centre de son modèle.

2) Par ailleurs, il s’agit de décrire comment s’effectue de manière plus globale l’assemblage des représentations lors de la production et de la perception des énoncés (textes et discours), notamment l’évolution et la modification de ces représentations dans le déroulement du discours (discours oral quotidien ou discours plus formel / écrit et littéraire). Nous examinerons donc de manière systématique la mise en place de la scène verbale, espace intersubjectif en construction dans lequel le locuteur met en scène les éléments de son discours pour permettre à son auditeur d’en saisir les éléments saillants (premier plan discursif) et secondaires (second plan discursif). Nous examinerons l’évolution de la scène au fur et à mesure que se déroule le discours, ainsi que ses relations avec d’autres scènes, ce qui posera des enjeux textuels (cohésion et cohérence) et énonciatifs (plan d’énonciation, mode de référence) et stylistiques.

Eléments de méthodologie :

Afin d’établir un répertoire d’instructions sémantiques pour l’anglais et pour le français, des descriptions minutieuses basées sur corpus seront effectuées. Le logiciel ANALEC devrait nous aider dans cette description car il nous permet d’établir des corrélations fines entres différents paramètres, ainsi que des représentations sémantiques à partir d’annotations manuelles et semi-automatisées. De ces annotations et de ces données, nous proposerons dans un premier temps une forme schématique pour les unités grammaticales et discursives retenues. Enfin, à partir de ces formes schématiques, nous définirons des instructions de constructions du sens. Ces instructions seront testées par des expérimentations psycholinguistiques comme par exemple des tests de vérification de compréhension par une tâche donnée (APS), des tests d’amorçage et de production (completion) ou encore, grâce aux équipements disponibles à la MSHS, des tests par Potentiels Evoqués. Ces mêmes tests seront utilisés pour décrire les processus cognitifs à l’œuvre dans la construction du sens, notamment dans les relations dynamiques entre « cadres sémantiques » dans les échanges langagiers, qu’ils soient spontanés ou littéraires.

Objectifs spécifiques :

1. Description et formalisation de l’unité voilà : analyses visant à comprendre le développement très rapide de ce mot, notamment à l’oral. On cherchera à mettre en évidence le critère de facilitation de son développement en partant d’observation effectuées dans un premier temps sur des corpus écrits (FRANTEXT, écrits littéraires – Mirebeau, Céline — et presse écrite) et oraux, puis exclusivement sur des corpus oraux (CLAPI – oral en interaction — et RHAPSODIE – corpus de référence annoté syntaxiquement et prosodiquement, resp. Anne Lacheret). La mise en évidence de ce critère nous aidera à expliquer son développement et nous permettra aussi de définir l’instruction sémantique que cette unité fournit à la construction du sens quand elle est perçue. Cette instruction fera l’objet d’expérimentations psycholinguistiques afin d’en établir la validation.

2. Analyse et formalisation de l’instruction sémantique fournie par des unités discursives de très haute fréquence de l’anglais comme well, yes, no ou d’autres unités de ce type. La définition des instructions fournies par ces unités se fera par ailleurs en associant étroitement les phénomènes intonodiscursifs associés à leurs emplois. Les unités choisies sont soit des unités à potentiel holophrastique (well), ou bien au contraire des unités fortement dépendantes qui peuvent introduire un ensemble d’unités (yes, no). Pourront également être comparées avec les unités citées plus haut d’autres unités comme des prépositions ou bien des conjonctions de subordination afin d’apporter un contre-point aux analyses. Ce second objectif pourrait faire l’objet d’un travail doctoral.

3. En collaboration étroite avec le LaTTiCe (Thierry Poibeau, Michel Charolles) et avec le CerCA (Dominique Knutsen, Manuel Gimenes), nous mettrons sur place des expérimentations afin de tester les instructions sémantiques déjà établies (résultats de projets antérieurs portant sur l’anglais et qui ont permis de mettre en place le modèle instructionnel). Ces expérimentations porteront sur le traitement de l’information linguistique et seront consacrées aux questions de 1) l’objet du traitement (qu’est-ce qu’on traite exactement et à quel niveau ?), 2) l’ordre du traitement.

4. Réflexion théorique sur les instructions fournies par les « genres de discours » (Bakhtine) et la manière dont ils orientent ou contraignent l’interprétation d’un discours comme littéraire ou non littéraire (instructions conditionnelles ou constitutives) : en particulier à partir de genres frontières comme le pamphlet, le journal, les témoignages et plus généralement les textes non fictionnels et/ou non narratifs. Analyse des instructions permettant d’établir un imaginaire littéraire ou linguistique, en particulier à travers les formes de ponctuation polysémiques et peu étudiées que sont les points de suspension ou le blanc typographique.

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